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Paul Fval

LES HABITS NOIRS

MAMAN LO

Tome V

(1869)

Le cycle des Habits Noirs comprend huit volumes:


Les Habits Noirs
Coeur d'Acier
La rue de Jrusalem
L'arme invisible
Maman Lo
L'avaleur de sabres
Les compagnons du trsor
La bande Cadet




Table des matires


I Thtre Universel et National.
II Choix d'un tire-l'oeil.
III L'affaire Remy d'Arx.
IV D'o maman Lo sortait.
V Triomphe de M. Baruque.
VI La chevalerie d'chalot.
VII M. Constant.
VIII chalot aux coutes.
IX La maison de sant.
X La folie de Valentine.
XI En dormant.
XII Aux coutes.
XIII Coyatier dit le marchef.
XIV Le salon.
XV Embauchage de maman Lo.
XVI Le billet de Valentine.
XVII Soire L'pi-Sci.
XVIII Les conjurs.
XIX Le scapulaire, le secret, le trsor.
XX Le roman du colonel.
XXI O il est parl pour la premire fois de la noce.
XXII Maman Lo entre en campagne.
XXIII Le Rendez-vous de la Force.
XXIV La Force.
XXV Le prisonnier.
XXVI La maison de Remy d'Arx.
XXVII La visite des Habits Noirs.
XXVIII La mort de Remy.
XXIX Le testament.
XXX Le commissionnaire.
XXXI Le coeur de Valentine.
XXXII L'agonie d'un roi.
XXXIII La tentation de Similor.
XXXIV Le combat.
XXXV Le dernier rugissement.
XXXVI La rcompense d'chalot.
XXXVII Avant de combattre.
XXXVIII Dpart pour le bal.
XXXIX Antispasmodique.
XL La voiture des maris.
XLI Le bien et le mal.




I

Thtre Universel et National


Paris avait son manteau d'hiver; les toits blancs clataient sous le
ciel brumeux, tandis que, dans la rue, pitons et voitures crasaient la
neige gristre.

C'tait un des premiers jours de novembre, en 1838, un mois aprs la
catastrophe qui termine notre rcit, intitul _L'Arme invisible_. La
mort trange du juge d'instruction Remy d'Arx, avait jet un tonnement
dans la ville, mais Paris les tonnements durent peu, et la ville
pensait dj autre chose.

Ce temps est si prs de nous qu'on hsite, en vrit, dire qu'il ne
ressemblait pas tout fait au temps prsent, et pourtant il est bien
certain que les changements oprs dans Paris par ces trente dernires
annes valent pour le moins l'oeuvre d'un sicle.

La publicit des journaux existait; on la trouvait mme norme, presque
scandaleuse: elle n'tait rien absolument auprs de ce qu'elle est
aujourd'hui.

On peut affirmer, sans crainte de se tromper, que nous avons, en 1869,
cent carrs de papier imprims quotidiennement contre dix publis en
1838.

Ainsi en est-il pour le mouvement prodigieux des dmolitions et des
constructions.

Sous le rgne de Louis-Philippe, Paris tout entier s'irritait ou se
rjouissait, selon les gots de chacun, la vue de cette humble perce,
la rue de Rambuteau, qui passerait maintenant inaperue.

Les uns s'extasiaient sur la hardiesse de cette oeuvre municipale, les
autres prophtisaient la banqueroute prochaine de la ville: c'tait la
grande bataille d'aujourd'hui qui commenait par une toute petite
escarmouche.

Je ne sais pas au juste combien d'annes on mit parfaire cette
malheureuse rue de Rambuteau, qui devait tre droite et qui eut un
coude, clbre dans les annales judiciaires, mais cela dura terriblement
longtemps, et pendant plusieurs hivers, l'espace compris entre l'glise
Saint-Eustache et le Marais fut compltement impraticable.

On n'allait pas vite alors en fait de btisse; ceux qui ont le tort et
le chagrin d'tre assez vieux pour avoir vu ces choses, peuvent se
rappeler quatre ou cinq baraques de saltimbanques, tablies demeure
dans un grand terrain, vers l'endroit o la rue Quincampoix coupe la rue
de Rambuteau, et qui formrent l, pendant deux ans au moins et
peut-tre plus, une petite foire permanente.

Le matin du 5 novembre 1838, par le temps noir et froid qu'il faisait,
on achevait la construction de la plus grande de ces baraques, situe en
avant des autres et qui avait sa faade tourne vers le chemin boueux
conduisant la rue Saint-Denis.

Les gens du quartier qui allaient leurs affaires ne donnaient pas
beaucoup d'attention l'rection de ce monument, mais trois ou quatre
gamins, renonant aux billes pour rchauffer leurs mains dans leurs
poches, rdaient au-devant du perron en planches qui montait la
galerie, et s'entretenaient avec intrt de l'ouverture prochaine du
Grand Thtre Universel et National, dirig par _Mme_ Samayoux, premire
dompteuse des capitales de l'Europe.

On parlait surtout de son lion, qui tait arriv, la veille, dans une
caisse norme, perce de petits trous, et qui avait rugi pendant qu'on
le dballait.

La porte de la baraque tait, bien entendu, ferme pour cause
d'installation et d'amnagements intrieurs. Un large criteau disait
mme sur la devanture: Le public n'entre pas ici.

Mais comme nous avons l'honneur d'tre parmi les amis de la clbre
dompteuse, nous prendrons la libert de soulever le lambeau de toile
goudronne qui servait de portire, et nous entrerons chez elle sans
faon.

C'tait un carr long, trs vaste, et qu'on achevait de couvrir en
clouant les planches de la toiture. Il n'y avait point encore de
banquettes dans la salle, mais le thtre tait dj install en partie,
et des ouvriers, juchs tout en haut de leurs chelles, peignaient les
frises et le manteau d'Arlequin.

D'autres barbouilleurs s'occupaient du rideau tendu sur le plancher
mme de la scne.

Au centre de la salle, un pole de fonte ronflait, chauff au rouge;
auprs du pole, une petite table supportait trois ou quatre verres, des
chopes et un album de dimension assez volumineuse, dont la couverture en
carton tait abondamment souille.

L'un des verres restait plein; les deux autres, moiti bus,
appartenaient Mme veuve Samayoux, matresse de cans, et un homme de
haute taille, portant la moustache en brosse et la redingote boutonne
jusqu'au menton, qui se nommait M. Gondrequin.

Le troisime verre, celui qui tait plein, attendait M. Baruque,
collgue de M. Gondrequin, qui travaillait en ce moment au haut de
l'chelle.

M. Gondrequin et M. Baruque taient deux artistes peintres bien connus,
on pourrait mme dire clbres parmi les directeurs des thtres
forains. Ils appartenaient au fameux atelier Coeur d'Acier, d'o sont
sortis presque tous les chefs-d'oeuvre destins _tirer l'oeil_
au-devant des baraques de la foire.

M. Baruque, petit homme de cinquante ans, maigre, sec et froid, abattait
la besogne; son surnom d'atelier tait Rudaupoil.

M. Gondrequin, dit Militaire, quoiqu'il n'et jamais servi, cause de
sa tournure et de ses prdilections pour les choses martiales, donnait
le coup du matre au tableau, le fion, et se chargeait surtout
_d'embter_ la pratique.

Il mettait son foulard en coton rouge dans la poche de ct de sa
redingote, et en laissait passer un petit bout sa boutonnire--par
mgarde-, ce qui le dcorait de la Lgion d'honneur.

Il avait du brillant et de l'agrment dans l'esprit, malgr sa manie de
jouer l'ancien sous-officier, et se vantait volontiers d'avoir attir
bien des kilomtres de commande l'atelier par la rondeur aimable de
son caractre.

Il disait volontiers de lui-mme:

--Un vrai troupier, quoi! solide, mais sduisant! Honneur et gaiet! Ra,
fla, joue, feu, versez, boum!

En ce moment, il venait d'ouvrir l'album graisseux et montrait Mme
Samayoux, dont la bonne grosse figure avait une expression de
mlancolie, des sujets de tableaux choisir pour orner le devant de son
thtre.

Dans tout le reste de la baraque, c'tait une activit confuse et
singulirement bruyante; on faisait tout la fois; les principaux
sujets de la troupe, transforms en tapissiers, clouaient des guenilles
autour des murailles ou disposaient en faisceaux des gerbes d'tendards,
non conquis sur l'tranger.

Jupiter, dit Fleur-de-Lys, jeune Noir qui avait t fils de roi dans son
pays et dcrotteur auprs de la Porte-Saint-Martin, exerait un talent
naissant qu'il avait sur le tambour; Mlle Colombe cassait les reins de
sa petite soeur et lui dsossait proprement les rotules. L'enfant avait
de l'avenir.

Elle pouvait dj rester trois minutes la tte contre-passe en arrire
entre ses deux jambes, et jouer ainsi un petit air de trompette.

Pendant la fanfare, Mlle Colombe essayait quelques coups de sabre avec
un pauvre diable laideur prtentieuse, que coiffait un chapeau gris
plant de ct sur ses cheveux jaunes et plats.

Celui-l se tenait assez bien sous les armes. Quand Mlle Colombe
reprenait sa petite soeur, il allait deux grosses filles rougeaudes
qui djeunaient avec deux normes tranches de pain beurres de raisin,
et leur donnait des leons de danse amricaine.

--Plus tard, disait-il aux deux rougeaudes, qui suivaient ses
indications avec une paresse maussade, quand le succs aura rcompens
vos efforts, vous pourrez vous vanter d'avoir eu les leons d'un jeune
homme qui en possde tous les brevets de pointe, contre-pointe,
entrechats, respect aux dames, honneur et patrie, et vous pourrez passer
partout rien qu'en disant: Nous sommes les lves du seul Amde
Similor!

Le lecteur se souvient peut-tre des deux postulants qui s'taient
prsents Locadie Samayoux, dans son ancienne baraque de la place
Valhubert, le soir mme de l'arrive de Maurice Pags revenant
d'Afrique.

Locadie, tout entire la joie de revoir son lieutenant, avait renvoy
les deux candidats avec l'enfant que le pauvre chalot portait dans sa
gibecire, mais l'offre de ce brave garon, consentant jouer le rle
de phoque pour nourrir son petit, avait touch le coeur sensible de la
dompteuse.

Au moment de se lancer dans les grandes affaires et de monter une
mcanique comme on n'en avait jamais vu en foire, Locadie, qui se
rfugiait dans l'ambition pour fuir ses peines de coeur, s'tait
souvenue de ses protgs.

La famille entire, compose des deux pres et de l'enfant, tait
engage, et nous n'avons vu encore qu'une faible portion des services
qu'on attendait de Similor, artiste tout faire.

Quant chalot, malgr sa modestie, ses talents s'taient affirms
dj.

En sa qualit d'ancien apothicaire, il avait entrepris forfait la
gurison du lion rhumatisant et podagre, qui arrivait, non point de
Londres, mais de l'infirmerie des chiens Clignancourt.

Le lion tait l comme tout le monde.



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