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MMOIRES DU DUC DE ROVIGO, POUR SERVIR L'HISTOIRE DE L'EMPEREUR
NAPOLON.

TOME CINQUIME.

PARIS,

A. BOSSANGE, RUE CASSETTE, N 22.

MAME ET DELAUNAY-VALLE, RUE GUNGAUD, N 25.

1828.




CHAPITRE PREMIER.

Dtails sur les exils.--Madame de Chevreuse.--Menace de la rvision du
procs du marchal d'Ancre.--Madame de Stal.--Motifs de sa
disgrce.--Ruse qu'elle imagine.--Madame Rcamier.--Pourquoi elle habite
la province.--Motifs secrets pour lesquels elle veut aller en
Suisse.--M. de Duras.--M. de la Salle.--Les gens de lettres.--Tactique
de M. Fouch.

C'est maintenant le cas de parler des motifs d'exil de mesdames de
Chevreuse et autres que j'ai nommes.

Madame de Chevreuse avait t porte une des premires sur la liste qui
fut envoye de Paris l'empereur, lorsqu'il tait encore l'arme
aprs la bataille d'Austerlitz; elle aurait par consquent t exile
comme toutes les personnes qui taient sur la mme liste, sans le
secours de quelques amis de sa famille.

M. de Talleyrand tait Vienne, et fort li avec madame de Luynes,
belle-mre de madame de Chevreuse. Elle l'employa dtourner le coup
qui menaait sa belle-fille. M. de Talleyrand se servit de l'estime que
l'empereur avait eue pour feu M. le duc de Luynes, qui tait mort
snateur, et fit mettre sans peine sur le compte de l'tourderie toutes
les lgrets de madame de Chevreuse. Non-seulement il la fit rayer de
la liste d'exil propose par la police, mais il la fit nommer dame du
palais de l'impratrice.

Sans doute, il fut oblig de lui faire quelque peur pour la dcider
accepter, mais c'tait l une affaire entre elle et lui, car l'empereur
n'attachait aucune importance ce que madame de Chevreuse ft ou ne ft
pas dans sa maison. M. de Talleyrand au contraire y en mettait beaucoup;
il considrait la nomination de cette dame comme le seul moyen de la
prserver des tracasseries que la police pourrait lui susciter, et afin
de vaincre ses rpugnances, il convint sans doute avec madame de Luynes
de l'effrayer, en lui disant que l'empereur voulait qu'elle devnt dame
du palais, comme il aura dit l'empereur que la famille de Luynes le
dsirait. On abusait souvent ainsi de son nom. Madame de Chevreuse se
rsigna, mais elle vint toujours avec mauvaise grce dans un cercle o
on ne lui fit que des politesses; elle n'eut pas l'air de s'en
apercevoir. Elle ne parut qu'en femme impolie et souvent mal leve dans
une cour o on ne l'avait admise que sur les instances de ses amis. On
la souffrait, mais personne ne la voyait avec plaisir.

l'poque de l'arrive en France de la reine d'Espagne, l'empereur
nomma de Bayonne des dames du palais pour tenir compagnie cette
princesse, qui allait se trouver un peu dlaisse Compigne. Madame de
Chevreuse, qui tait alors dans une terre prs de Paris, fut du nombre;
toutes les convenances taient observes dans le choix, tant en ce qui
pouvait tre agrable la reine d'Espagne qu'en ce qui pouvait flatter
madame de Chevreuse. Madame de Larochefoucauld, qui tait dame
d'honneur, fit part celle-ci de la destination qu'elle avait reue, en
la prvenant du jour de l'arrive de la reine Compigne, o elle
l'invitait se rendre.

On tait loin de s'attendre la manire dont cette jeune dame
accueillerait le message; elle rpondit net qu'elle n'irait point, et
qu'elle n'tait pas faite pour tre gelire. Tout le monde blma cette
manire de refuser; mais cette dsapprobation ne suffisait pas. On fut
oblig de rendre compte du fait l'empereur, qui fit retirer la
nomination de madame de Chevreuse, et l'envoya demeurer quarante
lieues de Paris.

J'ai t sollicit pendant trois ans pour demander son rappel, et
j'avoue que je ne concevais pas que l'on mt tant de bassesse le
demander aprs s'tre conduit avec tant d'insolence.

L'empereur disait quelquefois en parlant de cette famille: Qu'elle
prenne garde, je lui ferai voir la diffrence que je mets entre une
gnalogie d'pe et une gnalogie de valets; si elle m'chauffe la
bile, je ferai rviser la confiscation des biens du marchal d'Ancre,
qui a t odieusement assassin, et si on la rhabilite, il ne manquera
pas d'hritiers pour venir rclamer ses dpouilles la famille de
Luynes, qui n'a t enrichie que par cet odieux attentat[1].

Madame de Stal avait t, non pas exile, mais loigne par suite d'une
intrigue dans laquelle des rivaux la compromirent. Une femme d'une aussi
grande clbrit est souvent expose voir mettre plus d'une ptre
son adresse.

Lorsque j'entrai au ministre, elle tait dj dans cette situation. On
lui a sans doute dit que c'tait l'empereur qui avait spontanment
ordonn son exil; rien cependant n'est plus faux. J'ai su comment elle
avait t atteinte, et je puis certifier que ce n'est qu' force
d'obsessions, de rapports fcheux, qu'il l'arracha ses gots pour le
monde, et l'obligea se retirer la campagne. Cependant il ne pouvait
pas la souffrir; il a mme attach trop d'importance celle qu'elle
donnait sa personne et son livre sur l'Allemagne. On essaya d'abord
de la rendre plus circonspecte, mais toutes les tentatives furent
vaines; on ne put la faire taire ni l'empcher de se mler de tout, de
fronder tout; elle voulait conseiller, prvoir, administrer; l'empereur,
de son ct, croyait pouvoir suffire sa tche. Il se fatigua de
recevoir les lettres directes de madame de Stal, celles qu'elle
crivait ses amis, qui les renvoyaient exactement au cabinet.
L'empereur, lass de voir venir les mmes vues par tant de voies
diffrentes, l'envoya distribuer ses conseils plus loin de lui.

Elle ne tarda pas regretter la capitale, m'crivit plusieurs fois pour
y revenir; tantt elle allguait un prtexte, tantt un autre; enfin
elle imagina de feindre la rsolution de passer en Amrique, mais elle
tait trahie par un de ses amis qui elle avait fait part de son
dessein. Je savais qu'elle se proposait d'abord de venir Paris, que
quant au voyage d'Amrique, elle verrait aprs, c'est--dire qu'elle
prendrait le temps de la rflexion.

Personnellement, j'tais plutt port consentir la demande qu' la
refuser; je n'avais aucune raison de m'y opposer, parce que madame de
Stal ne pouvait qu'tre bien aise de ne pas tre brouille avec le
ministre de la police. L'arrangement aurait donc pu nous convenir tous
deux, mais pour me faire une amie, encore la chose n'tait-elle pas
sre, il fallait commencer par me faire, parmi les siens, dix ennemis
que je n'tais pas en mesure de combattre; elle n'et rien gagn au
march, et je ne pouvais qu'y perdre. Je n'osai pas risquer d'amliorer
sa situation; je la plaignais d'avoir inspir de la jalousie nos beaux
esprits, mais je m'en tins son gard au passeport qu'elle avait
demand pour l'Amrique, prenant garde de ne pas tre sa dupe,
c'est--dire qu'elle ne me mt pas dans le cas d'avoir recours des
moyens qui me rpugnaient.

On a aussi beaucoup cri contre l'exil de madame Rcamier. En gnral,
on parle de tout tort et travers sans trop savoir ce que l'on dit.
Tout le monde avait connu les mauvaises affaires de la maison Rcamier,
la suite desquelles madame Rcamier avait t vivre en province; cela
tait fort honorable, mais il ne fallait pas s'y faire passer pour une
victime de la tyrannie et crire tout le monde des balivernes de ce
genre. Il aurait t plus juste de leur dire tout net que l'on avait
perdu sa fortune par de fausses spculations que d'en accuser
l'empereur. Madame Rcamier demeurait en province par raison, et elle
disait ses admirateurs, qui la sollicitaient de rentrer Paris, que
cela ne dpendait pas d'elle, voulant par l donner penser que c'tait
l'empereur qui l'en empchait, lorsqu'il ne pensait pas elle. Cela fit
qu'il ordonna que, si elle y revenait, on ne lui laisst plus former ce
cercle de frondeurs au milieu duquel elle rpandait avec affectation sa
douleur; et pour parler plus franchement, je lui crivis que je dsirais
qu'il n'entrt pas dans ses projets de venir Paris si tt, etc., etc.
Elle n'avait aucunement celui d'y rentrer, mais elle fut fort aise
d'avoir t exile, cela la mettait son aise pour rpondre une foule
de solliciteurs vis--vis desquels cela lui donnait une position. Il y a
encore un motif qui me dtermina, et cela par intrt pour elle-mme; je
voulus lui viter les dsagrmens qui auraient t la consquence
naturelle du voyage _qu'elle allait entreprendre en Suisse_. Si elle me
lit, elle saura ce que je veux dire, et si un jour j'ai le plaisir de
lui faire ma cour, je lui apprendrai, en lui demandant grce, comment
j'ai su si bien ce qui la concernait, et elle me saura gr de l'avoir
engage rester Lyon. J'ai eu la preuve que j'avais t bien inform,
en voyant, dans les salons d'un prince d'Allemagne[2], le beau tableau
que M. Grard a fait de cette gracieuse dame, qui a voulu mettre son
portrait la place de sa personne dans ce palais.

Au reste, la haine que madame Rcamier portait l'empereur date, pour
ainsi dire, des premiers jours du consulat. Voici quels en sont les
motifs, on verra s'ils sont bien lgitimes.

Lucien, pendant son ambassade d'Espagne, eut occasion d'envoyer en
courrier Paris un de ses amis qui l'avait accompagn en Espagne.
Celui-ci, en passant Dax, s'arrta chez M. Mchin, prfet du
dpartement des Landes, et parmi les renseignemens que celui-ci le
chargea de transmettre au premier consul sur la position de son
dpartement, il lui fit connatre toutes les peines qu'il se donnait
inutilement pour dcouvrir d'o partait un journal rempli d'injures
dgotantes contre le gouvernement, le premier consul et les membres de
sa famille. Ce journal arrivait rgulirement, et tait port
mystrieusement domicile. M. Mchin en remit sept numros au courrier,
qui partit de suite pour Bordeaux.



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